«On trouve les meilleures idées du monde en Suisse»

«Serial entrepreneur», «venture capitalist», le Grison Alex Fries exilé dans la Silicon Valley connaît bien l'écosystème d'innovation suisse. Il jette un regard admiratif sur celui du canton de Vaud, mais en souligne les carences.

Comment jugez-vous l'écosystème suisse?

Pour moi, il ne fait aucun doute que la Suisse, et même le canton de Vaud, sont à part. On y trouve la meilleure innovation, les meilleurs ingénieurs et les meilleures idées du monde. Actuellement, tout y est mieux que dans la Silicon Valley. Je pense à la Suisse tout entière, car le pays est très petit, et cela n'a pas vraiment de sens de le diviser en cantons.

Le potentiel est certes important. Mais quels sont les freins?

Il existe de nombreux think tanks et des universités formidables en Suisse (EPFL, IDEAP, CSEM, PSI, EPF, EMPA, IMD, Uni de Genève, de Lausanne, etc.), qui pourraient concevoir des technologies fantastiques, ce que ces institutions sont d'ailleurs en train de faire. Le problème que nous rencontrons, c’est qu’elles ne sont pas assez commercialisées. Soit elles sont sous licence auprès de grandes entreprises, et seule l’université en bénéficie, ou alors des spin-off sont créées à partir de certaines d’entre elles. Cela doit changer. Nous avons besoin que du capital-risque soit plus largement octroyé à des start-up ou des spin-off en phase de démarrage. Nous devrions accorder automatiquement 100'000 $ à chaque spin-off ou start-up sortant de l’un de ces instituts. Nous avons en outre besoin de meilleurs mentors. Allez les chercher partout dans le monde! Amenez à la Silicon Valley des entrepreneurs ayant réussi et des investisseurs qui savent comment les choses fonctionnent, et bien d'autres encore!

Quel regard portez-vous sur les investisseurs institutionnels?

Il est indispensable que les fonds de pension, les gouvernements, les entreprises et les banques investissent dans des fonds de capital-risque. Nous investirions dans davantage de sociétés si ces fonds étaient plus importants. Actuellement, seules quelques-unes en profitent. Enfin, nous avons besoin que ces start-up croissent, progressent, ainsi que d’exits, qui sont extrêmement importants. Cela engendre beaucoup de multimillionnaires, des «angels» qui investissent à leur tour dans de nombreuses start-up. Cela fait gagner de l’argent aux fonds de capital-risque, beaucoup d’argent aux investisseurs des fonds, et génère davantage d’impôts, de postes de travail, de bonheur, etc. Je suis attristé quand je vois toutes ces start-up suisses et vaudoises venir me voir à la Silicon Valley parce qu’elles ne trouvent pas assez de bons mentors ou d’exits en Europe.

Votre vision pour la région?

Les problèmes sont connus: le canton de Vaud a de l’argent, nous pouvons fournir les mentors. Ce serait très simple de créer une «mini-Silicon Valley» dans le canton de Vaud ou en Suisse avec tous les talents, les fonds et les entreprises qui s’y trouvent.


Associé chez Alpana Ventures, Alex Fries juge «indispensable que les fonds de pension, les gouvernements, les entreprises et les banques investissent dans des fonds de capital-risque».

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