Le transfert de technologie, une passerelle vers l’innovation

Aussi forte soit l’activité de R&D d’une économie, cela ne suffit pas pour en faire un terreau fertile d’innovation. Pour cela, la recherche doit être valorisée dans un cadre adapté, surtout quand elle passe du monde académique aux entreprises privées.

Dans les entreprises, le transfert de technologies, des labos de R&D aux unités d’affaires, peut être structuré et gouverné de différentes manières, mais il reste à l’interne. Il est dès lors nécessaire de mettre en place un cadre spécial lorsque ce transfert implique des collaborations externes, en particulier quand une technologie passe de la recherche académique au monde de l’entreprise.

Bien qu’elle ne représente que moins d’un tiers des investissements en R&D de l’économie suisse, la recherche académique est stratégique pour nos entreprises. Elle peut, en effet, compléter voire augmenter la R&D des entreprises établies ou être la base de nouvelles entreprises (start-up).

Dans ce contexte, le tech transfer, autrement dit le transfert d’une technologie ou d’une idée née dans un laboratoire académique vers le monde de l’entreprise en vue d’être commercialisée, est devenu une activité stratégique pour l’économie suisse et vaudoise.

«La recherche académique est stratégique pour nos entreprises»

Le tech transfer, une activité significative pour les universités suisses

En Suisse, les Ecoles polytechniques, ainsi que la plupart des universités et des Hautes écoles spécialisées, se sont dotées depuis une trentaine d’années de services entièrement dédiés à la gestion de ces transferts: les bureaux de transfert de technologie (Technology transfer office en anglais ou TTO). L’Association suisse des bureaux de transferts de technologies (Swiss Technology Transfer Association, SwiTT) fédérait, en 2017, les offices de transfert de technologie de huit universités cantonales, des deux Ecoles polytechniques fédérales, de six universités de sciences appliquées (Hautes écoles spécialisées-HES) et de trois institutions de recherche du domaine des Ecoles polytechniques fédérales.

Cette institutionnalisation répond à des besoins. Des règles et des pratiques formalisées et uniformisées en matière de transfert de technologie sont des critères importants pour les entreprises qui envisagent de collaborer avec les institutions ou de s’établir en Suisse.

Un contributeur important

En 2017, les institutions vaudoises membres du SwiTT ont contribué pour un quart, voire un tiers, des activités de transfert de technologie en Suisse avec une centaine de dépôts de brevets, une soixantaine de contrats de licence et une vingtaine de nouvelles sociétés créées.

Avec une EPF sur son sol, le canton de Vaud compte logiquement pour un quart des activités de transfert de technologie des hautes écoles en Suisse
 

 

En revanche, en matière de partenariats de recherche, les institutions vaudoises sont en retrait avec un peu plus de 15% du total, malgré un volume respectable de près de 600 partenariats établis.

Sciences de la vie et dispositifs de mesure

La production de propriété intellectuelle suisse se caractérise par le poids prédominant de la biotechnologie et une contribution historiquement élevée dans les domaines pharmaceutique et de la chimie organique.

Dans le canton de Vaud, la production de brevets des deux écoles universitaires se concentre sur les sciences du vivant et la chimie organique, avec une part importante et en croissance des brevets dans ces domaines. Juste derrière, les domaines des dispositifs de mesure et des appareillages électroniques restent importants, mais ne sont plus en croissance.

Les sciences de la vie et la chimie organique sont les deux domaines les plus dynamiques en matière de propriété intellectuelle issue des hautes écoles universitaires du canton

A noter que si les inventions publiées au cours des quatre dernières années se répartissent entre près de 450 inventeurs, les «serial inventeurs» sont très peu nombreux: seuls cinq d’entre eux ont déposé plus de cinq demandes auprès de l’Office européen des brevets sur cette période (1% des inventeurs pour 10% du total des demandes).

«La production de propriété intellectuelle suisse se caractérise par le poids prédominant de la biotechnologie»

A qui profite le transfert?

Au niveau suisse, les statistiques produites par le SwiTT montrent que les partenaires lors de collaborations de recherche sont, dans l’ordre décroissant, des institutions publiques, des grandes sociétés (plus de 250 employés) et des PME. Les données ne sont pas détaillées au niveau des institutions, des régions ou des cantons.

Les PME sont les principales utilisatrices de la propriété intellectuelle générée par les hautes écoles en Suisse

Pour les accords de licence, l’image est exactement inversée. Ce sont avant tout les PME qui viennent chercher des technologies «prêtes à l’emploi», avant les grandes sociétés et le secteur public. A noter, cependant, que les chiffres sur lesquels s’appuient ces conclusions restent petits (215) et partiels, une part importante des partenaires dans des accords de licence n’étant pas communiquée. La répartition géographique des partenaires n’est pas rendue publique, notamment la proportion de partenaires venant de l’extérieur de Suisse ou traversant des frontières cantonales.

Un nouvel outil de transfert, la start-up

Si les collaborations de recherche sont importantes, de même que d’autres formes de relations commerciales entre le monde académique et celui des entreprises, les résultats les plus tangibles du transfert de technologie sont incarnés, d’une part, par l’exploitation de brevets et, de l’autre, de plus en plus, par la création de start-up. Ces dernières assument le risque initial du lancement d’une innovation, quitte à être rachetées une fois le potentiel de cette dernière démontré.

Les activités de collaboration et d'octroi de licence voient des dynamiques différentes de celle des dépôts de brevet ou de création de start-up

 

Si l’activité de transfert de technologie des principales institutions académiques du canton de Vaud est en progression constante en termes de dépôt de brevets et d’annonces d’inventions, elle reste relativement stable en ce qui concerne le nombre d’octroi de licences et de partenariats de recherche.

L’accélération visible du phénomène start-up et la progression importante des effectifs de recherche dans le canton ne s’accompagne donc pas, à ce stade, d’une accélération des activités de transfert de technologie avec les entreprises établies.

«La progression des effectifs de recherche ne s'accompagne pas, à ce stade, d'une accélération du transfert de technologie»

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